Hans Hartung (1904–1989), pionnier de l’abstraction gestuelle

Photo : Paolo Monti – Servizio fotografico (Milano, Galleria Lorenzelli. Ritratti di Hans Hartung), Fondo Paolo Monti / BEIC. Licence : CC BY-SA 4.0

Chef de file de l'Abstraction Lyrique et figure majeure de la Seconde École de Paris, Hans Hartung a fait du trait une force autonome, libérant la peinture du dessin préparatoire et des pinceaux traditionnels.

Leipzig, ou la naissance d'un vocabulaire (1904–1934)

Hans Hartung naît le 21 septembre 1904 à Leipzig. Enfant, il se passionne pour le ciel et la fulgurance des éclairs, allant jusqu'à fabriquer son propre télescope. Dès 1922, encore lycéen, il produit ses premières compositions à l'encre et à l'aquarelle fondées sur des taches informelles. Il développe cette écriture intuitive sans connaître les théories de Kandinsky.

Sa formation est rigoureuse : il fréquente l'Akademie für graphische Künste de Leipzig, la Hochschule für bildende Künste de Dresde, l'académie d'André Lhote à Paris, puis l'Akademie der bildenden Künste de Munich en 1928. S'il y découvre les expressionnistes allemands, ses références fondamentales demeurent Rembrandt et Goya.

En 1929, il rencontre à Paris l'artiste norvégienne Anna-Eva Bergman, qu'il épouse la même année. Une première exposition personnelle lui est consacrée en 1931 à la galerie Kühl de Dresde.

Exil, engagement et refondation (1935–1959)

Proche des milieux intellectuels anti-nazis, artiste abstrait menacé par le régime hitlérien, Hartung est inquiété par la Gestapo à Berlin en 1935. Il s'exile à Paris et se lie avec Jean Hélion, Alexander Calder, Henri Goetz et le couple Delaunay. Le collectionneur américain Albert Eugene Gallatin lui achète alors ses premières œuvres.

Séparé d'Anna-Eva Bergman en 1937, il épouse en 1939 Roberta González, artiste et fille du sculpteur Julio González. Lorsque la guerre éclate, refusant de servir l'Allemagne nazie, Hartung s'engage dans la Légion étrangère. Blessé lors des combats près de Belfort en 1944, il est amputé de la jambe droite et décoré de la Croix de guerre. Au sortir du conflit, la nationalité française lui est accordée (officialisée en 1946).

Dans le Paris d'après-guerre, il s'impose comme un acteur majeur de l'Art Informel aux côtés de Pierre Soulages, Gérard Schneider, Jean Bazaine et Bram van Velde. Il expose à la galerie Denise René et participe à la première Documenta de Kassel en 1955. En 1957, il retrouve Anna-Eva Bergman et l'épouse une seconde fois. Il reçoit la même année le Prix Rubens de la ville de Siegen.

1960 : La consécration vénitienne et la révolution technique

L'année 1960 marque le sommet international de sa carrière. Hartung obtient à l'unanimité le Grand Prix international de peinture de la Biennale de Venise, où le pavillon français lui consacre une salle entière. Il est nommé officier des Arts et des Lettres, puis officier de la Légion d'honneur en 1961.

Cette consécration s'accompagne d'une rupture technique radicale :

Matériaux industriels : Il délaisse l'huile pour des peintures acryliques, vinyliques et des lacques de type Duco à séchage rapide.

Attaque directe du support : Il renonce au dessin préparatoire et attaque la surface par grattage, incision, projection et pulvérisation.

Outillage détourné : Le pinceau cède la place aux pistolets à peinture, brosses métalliques, grattoirs et pulvérisateurs agricoles pour fixer l'urgence du geste.

C'est également en 1960 que le couple acquiert une oliveraie sur les hauteurs d'Antibes pour y concevoir son futur lieu de vie et de création.

Antibes : Le Champ des Oliviers (1968–1989)

Érigée entre 1968 et 1973, la villa-atelier du « Champ des Oliviers » devient le cadre de ses dernières séries. Hartung et Anna-Eva Bergman s'y installent définitivement en 1973 en quittant leur atelier parisien de la rue Gauguet. L'artiste y rédige ses mémoires, Autoportrait (Grasset, 1976).

Dans son atelier d'Antibes, Hartung produit jusqu'à la fin de sa vie de grandes toiles monumentales travaillées au pistolet et par pulvérisation atmosphérique.

Il est fait Grand Officier de la Légion d'honneur en 1989 et fête ses 85 ans lors d'une rétrospective au musée Unterlinden de Colmar. Il s'éteint à Antibes le 7 décembre 1989, et ses cendres sont dispersées en Méditerranée.

Aujourd'hui reconnue d'utilité publique, la Fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman, établie dans la villa-atelier d'Antibes, fait autorité pour la conservation et l'expertise de son œuvre.

L'œuvre imprimé : Un terrain d'expérimentation capital

Pour Hans Hartung tout comme pour son contemporain Bram van Velde, l’estampe (gravure à la pointe sèche, eau-forte, lithographie) constitue un terrain d'expérimentation autonome où la résistance du cuivre ou le grain de la pierre calcaire nourrit la nervosité du trait.

Ses tirages éditaires, réalisés avec les plus grands ateliers européens (Lacourière-Frélaut à Paris, Erker-Presse à Saint-Gall, Atelier Clot, Bramsen & Georges), font l'objet du catalogue raisonné de référence :

Référence bibliographique : Rainer Michael Mason, Hans Hartung - Les Estampes, Fondation Hartung-Bergman (sigle d’inventaire RMM).

Muséographie & Présence institutionnelle

Centre Pompidou - Musée National d’Art Moderne, Paris
Museum of Modern Art (MoMA), New York
Tate Modern, Londres
Solomon R. Guggenheim Museum, New York
Fondation Hartung-Bergman, Antibes
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

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