
Quelques réflexions au sortir de l'exposition qui se tient actuellement au Musée du Luxembourg depuis le 16 septembre...
On pense que tout a été dit sur l’artiste. Pléthore d’expositions, de catalogues... il suffit d'en juger par la table d’ouvrages monographiques qui lui sont consacrés à la boutique du musée !
Pour quelqu’un de ma génération né au tout début des années 80, Warhol c’est un peu du vu et revu, à saturation. Un artiste que j’ai fini par connaître sans connaître : étudié à l’école, croisé dans moult musées du monde, auquel on applique les poncifs et la pensée toute faite. Son statut de « Roi du Pop » avait en quelque sorte aboli la distance critique.
L'exposition a opéré sur moi un effet en deux temps, comme une impression de « lavage des yeux », comme si l’on se débarrassait des scories du déjà-vu pour découvrir d’autres facettes, plus intimes et authentiques, de son art.
La joie pure d'expérimenter : un regard neuf sur la création
Loin de l'image standardisée d'un artiste-machine qu'il revendiquait lui-même, l'exposition révèle quelque chose d’expérimental et d’immédiatement accessible : ainsi dans la première salle de l’exposition j’ai aimé la facétie de certains de ses dessins. On y ressens également le lien fusionnel entretenu avec sa mère dans les calligraphies. Et puis, et puis il y a cet art du jeu, de la joie de créer et d’expérimenter, presque enfantine. Cette liberté s'exprime par la multiplicité des supports, des formes et des médiums : dessin, vidéo, photo, sérigraphie, peinture, techniques mixtes.
« Ne pensez pas à faire de l’art, faites simplement. » Andy Warhol
On connaît bien ses représentations du dollar, mais le dessin présenté dans l'exposition sur une feuille de plus de deux mètres de haut en renouvelle complètement la vision : une liasse nouée d’un ruban rose, qui a priori ne dit presque rien de son contenu et reste pourtant immédiatement reconnaissable.
Cadrage audacieux, économie de moyens, force expressive.
Pour une mise en lumière du Warhol spirituel
Le second aspect intrigant de l'exposition pour moi réside dans son rapport à la religion, bien loin de l’image détournée et répétée jusqu’à l’overdose que l'on garde habituellement de son œuvre. Dans ces quelques salles, l'ensemble des paradoxes warholiens s'y croisent : superficiel mais spirituel, décadent mais religieux, fasciné par la société de consommation comme par la mort.
Bien avant les événements majeurs de sa vie, l'angoisse de la mort est une constante chez lui. On retrouve cette obsession dès le début des années 60 avec les motifs de Suicides et la série des Car Crashes, la suite des portraits de Jackie Kennedy après la mort du président.
La tentative d’assassinat par Valerie Solanas en 1968 marque un tournant définitif. Warhol dira lui-même qu'il n'a plus jamais été le même après. Le motif du Memento Mori est très présent dans son œuvre.
Vers la fin de sa vie, son cheminement le mène à une affirmation plus directe de sa foi : converti au catholicisme sur le tard, même s'il est resté un croyant et pratiquant secret toute sa vie. C'est durant cette période qu'il entreprend sa relecture de La Cène de Léonard de Vinci et qu'il rencontre le pape Jean-Paul II au Vatican en 1982.
Son enfance a été pieuse, car élevé dans la tradition grecque-ruthène de rite byzantin. Il se rendait à la messe plusieurs fois par semaine à Pittsburgh avec ses parents, où il était en contact avec les icônes d’Europe de l’Est. De cette imprégnation en résulte d’une certaine manière cette capacité à saisir l’essence même du sujet. On le voit lorsqu'il sanctifie les figures profanes des stars, mais aussi lorsqu'il s'attaque directement au sacré, comme dans sa série Sainte Apolline (Saint Apollonia, 1984) issue d'un tableau de la Renaissance : il isole le martyr et la figure de la sainte pour lui appliquer toute la puissance du langage Pop.

Sant'Apollonia, non présente dans l'exposition, récemment vendue par la galerie (archives personnelles)

Les murs de l'exposition sont recouverts d'aluminium, tout comme l'étaient les murs de la Factory créée en 1963(photo personnelle)
A l’ère de l’IA et malgré la saturation d’images à laquelle nous sommes tous confrontés, il y a quelque chose de rafraîchissant qui me reste au sortir de l’exposition Warhol, la ligne et l’image. Il y aura certainement foule dans les prochains jours, mais cher lecteur, je ne peux que vous encourager à pousser les portes du musée, pour couper du bruit ambiant, se débarrasser des idées reçues et se laisser simplement porter par cette joie brute d’expérimenter.

Quelques unes des sérigraphies iconiques de l'artiste. (photo personnelle)
___
Sources : Andy Warhol, la Ligne et l'image Beaux-Arts Magazine éditions
Exposition : Andy Warhol, la ligne et l'image
Du 16 septembre 2026 au 10 janvier 2027
Musée du Luxembourg 19 rue de Vaugirard
75006 PARIS
0 Kommentare