Ladislas Kijno - L’alchimie entre révolte plastique et spiritualité poétique

Ladislas Kijno 1921 - 2012
Né à Varsovie le 27 juin 1921 d'un père polonais et d'une mère française, Ladislas Kijno émigre en France en 1925 pour s'installer à Nœux-les-Mines. Son parcours intellectuel débute par la philosophie à l'Université catholique de Lille, mais sa trajectoire est brisée par une tuberculose qui l'isole en sanatorium entre 1942 et 1954. C’est dans cette épreuve qu’il rencontre Louis Aragon et Francis Ponge en 1943, forgeant un lien indéfectible avec la poésie.
Dès 1949, il participe au renouveau de l’art sacré avec sa Cène pour l'église d'Assy, aux côtés de Matisse, Braque, Léger et Rouault. Après avoir brûlé 250 toiles en 1955 par souci de table rase, il s'établit à Antibes en 1956. Il y expose à la galerie Kamer avec Arnal, Bellegarde, Bertini, Hundertwasser et Sugaï, et se lie d'amitié avec Hans Hartung, Alberto Magnelli, André Verdet, Nikos Kazantzaki, Gastaud, Jacques Damase, Roger Vivier et Audiberti. Le Musée d'Art moderne achète sa première œuvre.
Installé à Paris dès 1958, il multiplie les hommages (Nelson Mandela, Gagarin) et les voyages (Chine en 1982). Invité à la Biennale de Venise en 1980, il reçoit le Grand Prix National des Arts en 1986. Dans les années 1990, il réalise la rosace de la cathédrale de Lille avant de s'éteindre à Saint-Germain-en-Laye le 27 novembre 2012.
La Technique : La matière comme énergie
Le "système Kijno" repose sur une rupture avec la peinture traditionnelle de chevalet. Sa démarche s'articule autour de trois piliers techniques majeurs :
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Le Papier Froissé : Inventée dès la fin des années 40, cette technique consiste à triturer le support pour lui donner un relief organique. Le froissage permet de "casser" la surface plane pour créer une topographie où la lumière vient s'accrocher. C’est suite à sa rencontre avec Sonia Delaunay qu'il assume totalement cette abstraction de la matière.
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La Vaporisation et l’Aérosol : Précurseur dès 1958, il utilise la bombe aérosol pour projeter la couleur. En 1962, sa toile "OAS Assassin" détourne le graffiti politique, faisant de lui le pionnier du Street Art français, influence majeure pour Ernest Pignon-Ernest.
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La Forme Absolue : Marqué par ses échanges avec Picasso, il développe une obsession pour les formes sphéroïdes et ovoïdes. Pour Kijno, l'énergie est "une boule" et l'univers est en expansion courbe. Ses couleurs primaires (bleus électriques, rouges profonds) sont appliquées en couches vibrantes qui jouent sur la transparence et le vide "entre les choses".
Pourquoi investir dans une œuvre de Kijno aujourd'hui ?
Malgré sa présence au Centre Pompidou et son importance historique monumentale, Kijno demeure l'un des maîtres de l'École de Paris les plus sous-cotés. Sa cote est en progression, portée par des rétrospectives récentes en France et en Pologne.
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Accessibilité : Ses lithographies et épreuves d'artiste (300 € - 1 500 €) sont une porte d'entrée prestigieuse.
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Potentiel : Ses papiers froissés originaux (2 000 € - 15 000 €) voient leur cote progresser grâce à la redécouverte des origines du graffiti et de l'abstraction lyrique.
Vivre avec cette œuvre
Kijno est l'artiste des intérieurs qui veulent de la force sans agressivité. Ses couleurs primaires intenses sont paradoxalement apaisantes ! Elles donnent de l'énergie, et non de l'agitation. Une peinture de Kijno transforme un espace. Ses œuvres sur papier froissé demandent un encadrement particulier : une caisse américaine profonde, sans verre, qui laisse les reliefs du papier respirer et jouer avec la lumière. Une œuvre de Kijno, c'est une présence qui évolue et elle n'est jamais tout à fait la même selon le moment de la journée.